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Sabatina ou le voile de la mariée est centré sur le visage d’une adolescente, mais cette image est totalement filtrée et animée par l’eau dans laquelle la jeune fille est immergée. L’image s’épuise et se regénère constamment. Et ce qui est perçu au départ comme un moment de détente, ou un jeu, se charge d’une tonalité dramatique : le visage de la jeune fille semble s’enfoncer dans l’eau telle “une inexplicable Ophélie”.
De la surprenante simplicité du sujet et de son traitement naît une véritable poétique de l’image.
Il y a un lieu-dit touristique en Corse, une cascade surnommée « le voile de la mariée» car liée à une légende. Sans doute traverse-t-elle Sabatina.
Si Ophélie, la fiancée d’Hamlet flottait à la surface d’une eau noire après s’être noyée, la mariée corse, elle, survit, sous une eau claire et transparente, sans fleurs ni couronnes, les yeux grands ouverts face à son destin. Son appareil dentaire métallique, attribut banal des adolescents de la fin du XXème siècle, est exhibé sans complexe ; mais on peut aussi se souvenir que dans les légendes allemandes les ondins ont les dents vertes.
Dans une nouvelle pièce video Nymphéa Ange Leccia reprend ce sujet, mais cette fois, il a choisi comme naïade une icône du monde du cinéma et de la publicité : Léticia Casta.
Elisabeth Briqueleur / Galerie Traje/Besançon
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